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Tidal Wave a été l’une des plus célèbres batailles aériennes de la Seconde Guerre mondiale. L'opération effectuée le 1er Août 1943 par l’aviation américaine sur les raffineries situées dans la région pétrolifère de Ploiesti en Roumanie.

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Carte des raffineries de Ploiesti

Neuf raffineries situées dans cette région, dont cinq sont visibles sur le plan ci-dessous, ont été l’objectif principal de cette grande attaque aérienne. La Roumanie était encore au début du 20e siècle, l’un des principaux producteurs de pétrole dans le monde et le plus important en Europe. L’industrie pétrolière en Roumanie a également été parmi les plus développées. Avec l’entrée de la Roumanie dans la sphère d’influence allemande à la fin des années 30, l’industrie pétrolière roumaine a été l’un des principaux objectifs stratégiques. Cela a été reconnu par les Alliés au début de la guerre. Les alliés entravaient l’accès au pétrole roumain, il en était devenu un objectif majeur. L’armée allemande utilisait pas moins de 35% de combustible venant de Ploiești pour son armée, pour la marine et l’aviation. En plus, les 70 % du pétrole brut utilisé par les allemands provenait de Roumanie. Depuis l’arrivée des premières troupes allemandes en Roumanie, protéger cet objectif a été une préoccupation constante. La première attaque américaine a été réalisée sur les raffineries en juin 1942, nommée opération « Halpro ». Cette opération porte le nom du colonel Harry Halverson qui l’a développée et baptisée « Projet Halverson 63 » ; il a lancé l’idée d’un raid de bombardiers lourds dans les Balkans. Dans ce raid 232 personnes formaient les équipages de 13 bombardiers B- 24. Cet avion lourd a été conçu en 1939 ; le premier vol a été effectué le 29 décembre 1939. Il était équipé de quatre moteurs Pratt & Whitney de 1 200 chevaux chacun. Il pesait 27 tonnes à vide et était équipé de neuf mitrailleuses, ce qui a conduit à l’indépendance des chasseurs. Le bombardier ressemblait à un « hérisson ». Sa vitesse maximale était de 516 km/heure.

 

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B-24 Hérisson

En plus des réservoirs pleins, une charge de 3 tonnes de bombes et de munition de défense nécessaire en vol prenait place dans les soutes. L’équipage se composait de10 personnes. Ces avions ont été connus sous le nom de « Liberator ». Les avions ont décollé de la base Fayd en Egypte, par une route en ligne droite à par Constanta. Les escadrilles se sont dispersées sur la Mer Noire à cause de l’espace aérien turc qu’ils devaient éviter. De Constanta, le plan de vol continue vers Ploiești en passant par Galați en Dobrogea et par Valea Teleajenului en Munténie. Le retour a été fait sur Calarași, avec la direction Habbanyah - Ramadi, au Caire. Dans des cas exceptionnels il a été fait des atterrissages en Syrie ou en Irak. Il y eu trois atterrissages forcés en Turquie dont un à Ankara. Il y eu encore deux atterrissages forcés à Alep en Syrie et sept en Irak. La mission « Halpro » n’a pas produit les effets escomptés malgré un travail énorme ; les dommages furent minimes. Cela eu un effet sur les allemands qui se mirent en état d’alerte sur la possibilité des américains de frapper les raffineries à Ploiești. À cet égard, le général Alfred Gerstenberg commandant de la Luftwaffe en Roumanie a pris des mesures pour renforcer la défense des raffineries de Ploiești.

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General Gerstemberg

Les mois suivant, durant l’été 1943, la zone de défense aérienne sur Ploiești était devenue l’une des plus fortes en Europe. De plus, les Alliés ont sous-estimé la capacité de détection des avions par les allemands. La coalition croyait que les allemands n’avaient pas de radar assez puissant. Ils croyaient qu’il n’y avait aucun système de détection capable de repérer les avions ennemis si ce n’est que par leur interception radio. En fait, depuis 1942, les allemands possédaient une chaîne de points de contrôles de l’espace aérien qui s’étendait de l’île de Corfou dans le Péloponnèse en passant par l’Albanie, la Yougoslavie et la Bulgarie dans les Balkans jusqu’aux contreforts près du bassin du Danube. Pour la mission « Halpro » les américains s’étaient appuyés sur l’attaque surprise à laquelle l’ennemi ne s’attendait vraiment pas, à savoir venant de l’Afrique, ce qui jusque-là semblait impossible. En outre, les Américains ont adopté la tactique de l’ennemi restant invisible : le silence radio ainsi que le vol au ras du sol, à l’altitude « zéro ». Le secret de la mission ne résista pas parfaitement car la stratégie de « Tidal Wave » a été partiellement révélée pour éviter toute confusion, comme cela s’était produit lors du débarquement en Sicile où les navires de guerre américains ont tiré sur les appareils de l’Armée de l’Air. Il a été lancé un message codé à toutes les forces alliées en Méditerranée selon lequel une importante expédition aérienne en provenance de la Libye vers le nord-est de la côte de la Méditerranée était en cours, mais sans indication de trajectoire exacte ou de destination. C’est seulement en 1961 que les services de contre-espionnage américain ont constaté que depuis le début de 1943 une unité d’élite de la Wehrmacht, le renseignement militaire allemand, était installé dans un quartier d’Athènes afin d’intercepter et déchiffrer toutes les transmissions radio de la IXe armée de l’air américaine. Les bombardiers ont été aperçus la première fois par la station d’observation de l’île de Corfou ; l’information fut rapidement transmise à Bucarest. En outre, plusieurs points de contrôle ont confirmé l’orientation prise par les bombardiers, mais sans être en mesure de préciser l’objectif final.

 

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 Radar allemand

La défense de la zone pétrolière de Ploiești a été développée par plusieurs éléments, chacun ayant son rôle à jouer. Ainsi, aux premiers signes d’alerte les équipes d’actions de défense passive se mettaient en place par le positionnement des ballons d’obstruction dans le ciel. En outre, les Allemands possèdent des générateurs de brouillard artificiel, un dispositif utilisé pour dissimuler les raffineries, les rendant ainsi invisibles des bombardiers qui devaient lâcher les bombes à haute altitude. Pendant ce temps la DCA c’est préparée à l’attaque ennemie en haute altitude, soit de plusieurs milliers de pieds. Même préparation pour les avions de chasses repartis sur 8 aérodromes qui décollaient pour attendre l’ennemi entre 1500 et 5000 mètres d’altitude. Les ballons anti-aériens de18 m de long avec un diamètre de 6 m pour un volume de 2300 mètres cubes de gaz (98,7 % d’hydrogène) étaient équipés de charges explosives accrochées aux câbles de soutien augmentant ainsi la chance de frapper les appareils en vol.

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Ballon captif région Ploiesti

Sur les 178 avions « Liberators » ayant pris l’envol vers l’objectif des raffineries et avant le début des hostilités dans l’espace aérien roumain il restait 164 bombardiers lourds, deux étant perdus dans l’espace aérien sur le parcours d’approche et 12 autres appareils ayant fait demi-tours en raison de défaillances techniques. Pour la défense de la zone de Ploiești, les forces armées avaient environ 300 canons anti-aériens ainsi que 200 avions de chasses allemands et roumains de type ME 110, Me 109 et IAR 80. La particularité de la mission de bombardement du 1er Août 1943 à Ploiești a été la décision prise par les américains de voler à faible altitude, ce qui améliora la précision du raid tout en permettant d’éviter la détection radar. 

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 1er Aout 1943 Attaque à faible altitude 

Des intenses entraînements ont eu lieu dans le désert libyen. À cette fin, ont été construites des répliques des raffineries. Les escadrilles de « Liberator » ayant participé au bombardement étaient formées par les groupes 98 et 376 de la 9e Armée de l’air renforcé par les groupes 44, 93 et 389 de la 8e « Air Army ». L’itinéraire choisi était sur la Méditerranée et la Mer Adriatique, en passant vers l’île de Corfou, puis au-dessus des montagnes du « Pinde » en Albanie et par le sud de la Yougoslavie vers le sud de la Roumanie en direction de Pitești pour l’approche final de l’objectif. Les cibles choisies étaient les neuf raffineries dans la région de Ploiești : Steaua Română, Româno-Americană, Concordia Vega, Astra Română, Unirea Orion, Columbia Aquila, Creditul Minier, Standard Oil Block, Unirea Speranța. Le matin du 1er Août 1943 les 178 bombardiers B-24 alignés sur la piste ont pris part au décollage, l’un des bombardiers a perdu de la hauteur et s’est écrasé. Aucun membre de l’équipage n’a survécu. Le vol se poursuit sans incident jusqu’à ce que le bombardier B-24 nommé Wongo Wongo a commencé à voler de façon chaotique dans la région de Corfou et s’est écrasé dans la mer. Un autre bombardier B-24 issu du groupe a survolé la zone du crash pour voir s’il y avait des survivants. A cause de son lourd chargement de bombes et de carburant ce bombardier n’a pas rejoint la formation ; il est retourné à la base. Après cet incident, d’autres bombardiers ont eu des problèmes techniques et ont choisi de retourner à la base ou d’atterrir sur différents sites alliés. Dans les montagnes du Pinde certains groupes d’appareils ne pouvant pas prendre de l’altitude à cause de différents réglages de puissance des moteurs n’ont pas suivi le convoi aérien, ils se sont dispersés. Le silence radio strict provoqua des problèmes avec des conséquences graves de synchronisation de l’attaque. La mission a continué sans autre incident. En Roumanie, les bombardiers sont descendus à basse altitude. Les groupes de « Liberator » procédaient à des contrôles de navigation fixe. Dès lors, est apparu un nouveau problème qui aura des conséquences graves sur l’efficacité du raid. Après avoir vérifié le point de navigation se trouvant à proximité de Pitesti, le groupe 389 qui se dirigeait vers les raffineries de Câmpina pour une attaque synchronisée avec celle sur Ploiești. Le colonel Keith K. Compton et le général Ent ont fait une erreur de navigation qui se révélera très coûteuse. Au deuxième point de navigation qui devait être à Florești, ce groupe de commandement a confondu la ville de Târgoviște avec Florești, suivant une ligne de chemin de fer différente entrainant avec eux un autre groupe de bombardement vers Bucarest. Les deux groupes sont entrés dans la zone de défense aérienne de Bucarest. Malgré quelques avaries dues aux obus de DCA, ils ont rejoint la mission et notifié l’erreur de navigation en rompant le silence radio ; ils ont attiré l’attention sur leur présence. Suite à ces erreurs de navigation la mission secrète avait été compromise. La défense aérienne de Ploiești était en état d’alerte maximale.

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Batterie 88 mm

Beaucoup d’équipages, après le raid, ont dit qu’ils étaient confrontés aux plus puissants et denses barrages d’artillerie qu’ils aient vus. Tous les avions de chasses disponibles, en vol, ont d’abord été déroutés par le fait que certains des bombardiers américains étaient dirigés vers Bucarest et que les bombardiers volaient à très basse altitude. Après la confusion initiale, les avions américains ont été interceptés par la chasse, ajoutant des pertes considérables. Bien que sachant la mission compromise, les membres des équipages américains n’ont pas failli dans l’accomplissement de leur mission. Avec une défense aérienne forte et les erreurs de navigation, le plan initial n’a pas pu être appliqué, de sorte que certains groupes de bombardiers ont attaqué une seule cible sur le chemin et certaines raffineries n’ont été que légèrement touchées. La seule raffinerie, Steaua Română, qui a été retirée définitivement pour la durée de la guerre, a été attaquée par les groupes 376 et 389. Les pilotes et l’artillerie roumains et allemands ont fait leur devoir sans hésiter. Une anecdote, l’attaque de type kamikaze par l’aviateur Carol Anastasescu à bord d’un IAR 80 qui après avoir détruit un « Liberator » est entré volontairement de plein fouet dans un bombardier B-24 ; après s’être éjecté de son appareil, il survécu à la chute grâce à une meule de foin! 9

Photo du Héro roumain Carol Anastasescu 

Les américains ont eu la désagréable surprise de rencontrer un train blindé équipé de canons DCA déguisés en train de marchandises qui a fait de nombreuses victimes parmi les bombardiers B-24 appartenant aux groupes 98 et 44. Avec tout le talent et le courage, l’équipage d’un B-24 a réussi à placer une bombe sur la locomotive pour l’arrêter. Comment le raid a créé des situations spéciales : Un bombardier B-24 volant à basse altitude a été abattu par une batterie anti-aérienne dans la ville roumaine de Corlățești ; en raison de la faible hauteur de vol, il s’est écrasé sur la batterie d’artillerie roumaine. Tous les membres de l’équipage ont perdu la vie, ainsi que 8 artilleurs.

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 Le Old Baldy - Monument à Corlatesti 

Nous recherchons une photographie de la batterie antiaérienne avec les soldats. Tous dons, même d’autres objets en rapport, seront bienvenus. A traduire ! Un autre avion B- 24 nommé José Carioca s’est écrasé sur la prison de femmes dans la ville de Ploiești. Tous les membres de l’équipage et des dizaines de prisonniers ont perdu la vie dans l’enfer qui a suivi cet accident.

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José Carioca

Les bombardements ont eus des effets divers, de pas graves à très graves sur les raffineries. Les résultats n’étaient pas aussi mauvais que ce que les américains pensaient. L’action des équipes d’intervention roumaine et allemande (certaines ont été amenées d’urgence à cet effet d’Allemagne) a limité les dégâts, et quelques mois après le raid, la production de carburant et d’autres produits pétroliers était supérieure à celle du 1er Août 1943. Sur les 178 bombardiers qui ont quitté la Libye, seulement 88 sont retournés sur la base, 55 d’entre eux étant irrémédiablement endommagés dans les combats. Sur le chemin de retour, ils ont aussi été attaqués par des avions de type Me 109 et Avia B -135 de la chasse bulgare, ce qui a endommagé et provoqué la chute de plusieurs appareils.

 

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Avia B -135

 D’autres avions ont atterri à diverses bases alliées de Chypre ou ont débarqué sur la côte méditerranéenne à proximité de la Turquie. 310 membres d’équipages ont été tués, 108 faits prisonniers et 78 hospitalisés en Turquie. Ce fut l’une des plus lourdes pertes subies en une seule mission par l’aviation américaine pendant la guerre. Ce fut et reste la seule mission effectuée par l’aviation américaine récompensée par cinq médailles d’honneur dont trois post mortem, fait unique dans l’histoire de l’USAF. L’opération Tidal Wave reste une des plus célèbres batailles aériennes de l’histoire de la deuxième guerre mondiale où les belligérants de part et d’autre ont démontré le plus grand esprit de sacrifice.